Le mandat de vente fixe la répartition des honoraires entre vendeur et acquéreur. Modifier cette répartition en cours de mandat, notamment pour basculer des honoraires charge vendeur vers une charge acquéreur, soulève des difficultés juridiques que la plupart des professionnels sous-estiment. Le formalisme requis va bien au-delà d’un simple accord verbal entre les parties.
Avenant au mandat et basculement des honoraires : le formalisme à respecter
Le mandat de vente constitue le seul document opposable pour déterminer qui supporte les honoraires de l’agence immobilière. Toute modification de la personne débitrice des honoraires exige un avenant écrit signé par le vendeur et l’agent. Sans ce formalisme, la nouvelle répartition est inopposable, y compris devant le notaire lors de la réitération authentique.
A lire également : Honoraires à la charge du vendeur, qui paie vraiment au final ?
Nous observons régulièrement des situations où un agent tente de modifier la charge en amont de la signature du compromis, par simple mention sur le projet d’acte. Cette pratique ne vaut pas avenant au mandat. La jurisprudence écarte les changements de débiteur signés tardivement, notamment quand ils interviennent juste avant la réitération authentique.
L’avenant doit reprendre les mentions du mandat initial : montant TTC des honoraires, identité du nouveau débiteur, date et signature des parties. Un avenant incomplet ou ambigu expose l’agent à perdre son droit à rémunération, conformément aux exigences de la loi Hoguet.
A lire également : Quels sont les avantages de vivre à Aix en Provence quand on est en retraite ?
Honoraires charge vendeur passés charge acquéreur : pourquoi la DGCCRF surveille

Le basculement des honoraires du vendeur vers l’acquéreur en cours de commercialisation est qualifié de pratique commerciale trompeuse par la DGCCRF lorsqu’il modifie le prix affiché sans justification transparente. L’arrêté du 10 janvier 2017 relatif à l’information des consommateurs impose que la répartition des honoraires soit clairement indiquée dès la prise de mandat et ne soit pas modifiée unilatéralement.
Le mécanisme est simple à comprendre. Si un bien est affiché à 300 000 euros honoraires inclus charge vendeur, le prix net vendeur est inférieur au prix affiché. Basculer les honoraires vers l’acquéreur sans toucher au prix affiché revient à gonfler artificiellement le prix de vente du bien. L’acquéreur paie la même somme globale, mais l’assiette des frais de notaire change, ce qui constitue une information trompeuse.
Les contrôles de la DGCCRF ciblent précisément ce type de manipulation. Un agent immobilier qui bascule les honoraires après signature du mandat sans avenant formalisé s’expose à des sanctions pour publicité induisant en erreur l’acquéreur.
Acceptation du vendeur et compromis déjà signé : les pièges concrets
L’angle le plus délicat concerne les cas où le vendeur accepte oralement le changement de charge. Cette acceptation ne suffit pas. Voici les situations que nous recommandons de distinguer :
- Le mandat est en cours, aucun acquéreur n’a été trouvé : un avenant écrit au mandat peut formaliser le changement. Le nouveau prix affiché et la mention de la charge doivent être mis à jour sur toutes les annonces avant toute diffusion.
- Un acquéreur a déjà fait une offre sur la base du prix initial : modifier la charge revient à changer les conditions de la transaction. L’acquéreur doit être informé et donner son accord explicite, faute de quoi la vente peut être contestée.
- Le compromis est signé : le basculement n’est plus possible sans l’accord des trois parties (vendeur, acquéreur, agent). Modifier la charge à ce stade crée un risque de nullité de la clause de rémunération.
Le piège le plus fréquent : l’agent rédige le compromis avec des honoraires charge acquéreur alors que le mandat prévoyait charge vendeur, pensant que la signature du compromis par toutes les parties régularise la situation. La Cour de cassation a rappelé que le compromis ne se substitue pas au mandat pour fixer les conditions de rémunération de l’agent.
Modifier le montant des honoraires en cours de mandat : une question distincte

Changer le débiteur des honoraires et modifier leur montant sont deux opérations juridiquement différentes. Un agent immobilier peut baisser ses honoraires par avenant, à condition que le nouveau montant reste conforme au barème affiché en agence et que l’avenant soit signé avant toute acceptation d’offre.
La loi Alur a renforcé l’obligation d’affichage des barèmes d’honoraires. Le montant TTC doit figurer sur le mandat, les annonces et en vitrine. Toute réduction consentie à un client particulier doit rester dans le cadre du barème publié, sauf à modifier ce barème lui-même.
Nous recommandons de ne jamais dissocier la négociation du montant et la question de la charge. Un vendeur qui demande une baisse d’honoraires en échange d’un basculement vers l’acquéreur modifie deux paramètres simultanément, ce qui complexifie l’avenant et multiplie les risques de vice de forme.
Que vérifier avant de signer un avenant de changement de charge
Avant de formaliser un changement de répartition des honoraires, plusieurs points doivent être validés :
- Le mandat initial est toujours en cours de validité et n’a pas été résilié ou arrivé à échéance.
- L’avenant reprend le montant TTC exact des honoraires et désigne nommément le nouveau débiteur.
- Toutes les annonces (portails, vitrine, site de l’agence) sont mises à jour pour refléter la nouvelle répartition avant toute diffusion.
- Aucun acquéreur n’a formulé d’offre sur la base de l’ancienne répartition, ou, si c’est le cas, son accord écrit est recueilli.
Le non-respect de l’un de ces points expose l’agent à une perte de son droit à commission et à des poursuites pour pratique commerciale trompeuse. Le formalisme n’est pas une option : c’est la condition de validité de la rémunération.
La répartition des honoraires entre vendeur et acquéreur relève du contrat, pas de la loi elle-même. Modifier cette répartition reste techniquement possible, mais uniquement par avenant écrit, avant toute offre, et avec une mise à jour complète de l’affichage. Tout raccourci procédural se retourne contre l’agent au moment où la commission est contestée.

